ثقافة Territoires et industries créatives: la Fondation Drosos comme levier stratégique du programme TACIR
La contribution de la Fondation Drosos au programme TACIR, prend la forme d’un partenariat formalisé en novembre 2024 avec l'Association du Multimédia et de l'Audiovisuel (AMAVI). Elle constitue la reconnaissance de la capacité des industries culturelles et créatives à transformer durablement des territoires que la géographie et l'économie ont longtemps relégués aux marges. Cette conviction, le programme TACIR a su la nourrir, depuis sa phase pilote de 2023, par des résultats tangibles et une méthodologie éprouvée.
Cette rencontre entre une fondation internationale à vocation philanthropique et un programme ancré dans les réalités tunisiennes les plus concrètes mérite d'être analysée comme une architecture de confiance dont les effets commencent à se lire sur le terrain.
Un partenariat qui arrive au bon moment
Avant même la formalisation du partenariat, la phase pilote avait déjà produit ses premières preuves : des TACIR'Labs actifs au Kef, à Semmama et dans le Grand Tunis, des cohortes de jeunes porteurs de projets culturels en incubation, des courts-métrages projetés aux Journées Cinématographiques de Carthage. Le programme sait ce qu'il fait et où il va. Ce que l'appui de la Fondation Drosos va lui permettre, c'est d’aller plus vite, plus loin.
Le partenariat couvre la période 2024-2027. Il intervient précisément au moment où TACIR engage son expansion territoriale vers de nouvelles régions; Gabès, Médenine, Redayef, Jemna, Nadhour. Des régions où le taux de chômage des jeunes dépasse les 37 %, où le secteur culturel formel est quasi absent, et où les jeunes diplômés évoluent dans un entre-deux inconfortable, trop formés pour les emplois disponibles, trop peu soutenus pour créer les leurs.
C'est précisément dans ce vide que la Fondation Drosos choisit d'investir. Et ce choix n'est pas neutre, il signale une lecture du développement culturel pensé comme infrastructure.

Construire avant d'animer : la logique des TACIR'Labs
L'un des apports les plus structurants du partenariat avec la Fondation Drosos réside dans ce qu'il permet de construire physiquement. Durant les dix premiers mois effectifs d'activité, deux nouveaux TACIR'Labs ont été aménagés, équipés et mis en activité à Médenine et à Gabès. Le Lab de Gabès, pensé selon une approche éco-responsable co-construite avec des acteurs locaux, intègre un mobilier sur mesure valorisant les ressources et savoir-faire de la région. Ce n'est pas un détail esthétique, c'est un engagement fort, celui d'un espace qui ancre son identité dans le territoire qu'il entend servir.
Ces Labs ne sont pas des salles de formation ordinaires. Ils sont les nœuds d'un réseau, points de rencontres entre jeunes créatifs, mentors professionnels, associations locales et institutions universitaires. Ils accueillent les créations qui font émerger les cohortes de porteurs de projets, les résidences d'écriture qui transforment des intuitions en films, les ateliers de stop motion, de vidéo mapping, de podcast, de bande dessinée. Ils restent ouverts en dehors des sessions formelles pour que les porteurs de projets y développent leurs idées à leur propre rythme. Ce libre accès est une philosophie.
Drosos En appuyant cette infrastructure, la Fondation Drosos investit dans le temps long. Un Lab bien ancré dans son territoire ne disparaît pas avec la fin d'un cycle de financement : il devient une ressource commune, appropriée par la communauté qui l'habite. C’est ce qu'illustre, dans les régions de la phase pilote, le cas de l'association CIRTA au Kef, dont le Lab est devenu une référence régionale en matière d'ICC, générant désormais ses propres revenus et garantissant sa pérennité.

De la formation à la transformation : ce que les chiffres ne disent pas
Le second semestre du partenariat, couvrant mai à octobre 2025, enregistre une accélération notable : 420 participants aux formations sur 101 jours, 13 événements culturels touchant 1 171 personnes, 28 projets en incubation dans cinq cohortes actives. Ces chiffres sont utiles. Mais ils ne disent pas l'essentiel.
L'essentiel, c'est Ahmed, 31 ans, de Jemna, qui cherchait depuis longtemps un espace où apprendre des choses inaccessibles dans sa région, et qui dit aujourd'hui qu'il « appartient à une communauté », celle de TACIR, caractérisée selon lui par une horizontalité des rapports qui efface les barrières entre formateurs et apprenants.
C'est Malèk, de Gafsa, première lauréate du créathon de Redeyef, qui se reconnaît dans la figure de Zaha Hadid et qui entraîne d'autres jeunes filles de sa région dans le programme.
C'est Hazem, étudiant de 21 ans à Nadhour, à qui un formateur a appris à reculer pour cadrer large, et qui depuis lors regarde autrement le paysage qu'il traverse quotidiennement, les champs de tomates, les routes de campagne, les visages familiers.
Ces récits sont les indices d'un changement de rapport au territoire, à soi et aux autres, que le programme TACIR produit et que la Fondation Drosos, en le soutenant, contribue à rendre possible.
Ce changement est lent, non linéaire, parfois fragile, une vingtaine de porteurs de projets ont abandonné en cours de route, tiraillés entre l'appel des emplois stables et les exigences de l'incubation. Mais il est réel, et il laisse des traces durables dans les communautés qui en bénéficient.
Une géographie de la confiance
Ce qui distingue le modèle TACIR, et ce que le partenariat avec la Fondation Drosos vient consolider, c'est sa stratégie territoriale. Le programme ne se déploie pas de manière uniforme sur l'ensemble du territoire tunisien. Il avance région par région, sur des cycles de 16 mois, en s'appuyant systématiquement sur des associations partenaires locales qui hébergent les Labs, recrutent les coordinateurs et assurent l'enracinement de l'initiative dans les dynamiques communautaires existantes.
Ce modèle partenarial répond à une réalité : les programmes culturels centralisés, pilotés depuis Tunis, ne pénètrent pas durablement les territoires périphériques. Ils y passent, y laissent quelques traces, puis s'en retirent. TACIR, en confiant la mise en œuvre aux associations locales tout en leur apportant un appui technique et organisationnel, construit une autre relation, celle d'une délégation de confiance qui responsabilise sans abandonner et les pérennise.
La Fondation Drosos accompagne, depuis sa création, des initiatives à fort impact dans des contextes de vulnérabilité, non pas par une philanthropie qui perfuse mais par un soutien qui structure.
Elle reconnaît dans le modèle de TACIR cette même logique : partenariat qui vise à rendre le programme capable de se pérenniser par lui-même, à travers la montée en autonomie des associations locales, la viabilité économique progressive des Labs, et la densification d'un réseau de jeunes créatifs capables de s'appuyer les uns sur les autres.

La question de la durée
il reste une réalité que ni le programme ni la Fondation Drosos ne souhaitent ignorer : celle du temps. Les processus d'incubation culturelle et entrepreneuriale sont longs. Les changements de mentalités, plus encore. Le programme le reconnaît lui-même dans ses rapports : les cohortes nécessitent davantage de temps que prévu pour produire des effets tangibles en matière d'insertion professionnelle et de viabilité économique des projets. Certains porteurs de projets abandonnent en cours de route, non par manque de talent, mais parce que la précarité ne leur laisse pas le luxe d'attendre. TACIR-XT se positionne donc comme un espace de respiration où la jeunesse tunisienne peut tester et innover culturellement, à son rythme.
Un programme comme TACIR a besoin de temps pour produire de la profondeur et l’effet escompté. L'appui de la Fondation Drosos jusqu'en 2027 est significatif. Au-delà des coopérations bilatérales suisse, française et espagnole déjà mobilisées, la durabilité réelle du programme dépendra de sa capacité à diversifier ses sources de financements, à développer des modèles économiques autonomes pour les Labs et surtout à convaincre les acteurs publics tunisiens que les industries culturelles et créatives méritent un cadre durable et une politique publique propres, et pas uniquement des projets ponctuels.
En attendant, la Fondation Drosos occupe une place particulière dans cet écosystème en construction : celle d'un acteur qui croit que la culture n'est pas un luxe que l'on s'offre quand le développement est accompli, mais une condition de ce développement lui-même. Cette conviction , TACIR est en train de la confirmer.